Maurice Jaubert


Nait à Nice, le 3 Janvier 1900; il est le deuxième fils de Maître François
Jaubert, avocat au barreau de Nice (dont il deviendra plus tard
bâtonnier) et de Madame Françoise Jaubert, née Haydée Faraut.
Il fait ses études au Lycée Masséna où il obtient son premier
baccalauréat en 1915, puis le deuxième en 1916.
Il suit parallèlement, au Conservatoire de Nice, les cours d'harmonie, de contrepoint et de
piano; il remporte le premier prix de piano en 1916.
Il quitte Nice pour Paris où il prépare en Sorbonne une licence de lettres et un doctorat en droit.
Il revient à Nice en 1919: il est alors le plus jeune avocat de France. Il compose à cette époque
ses toutes premières oeuvres musicales et rencontre Albert Groz qui,
après son service militaire, complétera sa formation musicale à Paris en 1923.
En Avril 1920, il rejoint le 7e génie d'Avignon pour effectuer son service
militaire qui le conduira quelques mois plus tard à Versailles, puis - devenu élève officier - en
Algérie en Octobre 1921.


Il est démobilisé en 1922, à Pâques et, au cours de l'été suivant, décide
d'abandonner le barreau pour la musique; il quitte Nice en Janvier 1923.
A partir de cette date se succèdent mélodies, oeuvres de piano, musique
de chambre et divertissements: "Feuillet d'Album" (1923), ''Offertoire pour la messe de
l'Assomption" (1923) "A l'Alcazar Neuf. (1923), "Suite en La~"(1924), "Quatre Romances de
Touiet"(1924), "Les chants Sahariens" (1924), "Les Pêcheurs~"(1925) sur un argument de Claude-André, etc.
En 1925, il écrit sa première musique de scène pour la pièce de
Calderon, "LE MAGICIEN PRODIGIEUX". II utilise le Pieyela (il travaille alors chez Pleyel pour
assurer les enregistrements sur rouleaux destinés à ce piano mécanique). ll rencontre à cette
occasion la cantatrice Marthe Bréga, qui est pour la premièrefois son interprète; ce ne sera
pas la dernière: il l'épouse en 1926 (Maurice Ravel est son témoin). Elle lui donne une fille en 1927.
Tout en poursuivant son oeuvre: "Elpénor~"(1927) textes de Jean Giraudoux, "Contrebande"
(1927) opéra de chambre sur un texte de Georges Neveux, "Tois
Sérénades"(1928) sur des textes de Guillaume Appollinaire, Francis Jammes et Jules Supervielle -
avec qui il s'était lié - il rencontre pour la première fois le cinéma en 1929 en écrivant une
"musique d'écran" pour NINA PETROVNA.
Cette première partition consacrée au 7e art sera suivie, de 1931 à
1939, par (pour ne citer que les films les plus importants): LE HYAS, CAPRELLES ET
PANTOPODES, LE BERNARD L'HERMITE, BARBE-BLEUE, de Jean Painlevé - LE PETIT CHAPERON ROUGE, d'Alberto Cavalcanti - LA VIE D'UN FLEUVE, de Jean Lods - L'AFFAIRE EST DANS LE SAC, des frères Prévert - ZERO DE CONDUITE et L'ATALANTE, de Jean Vigo - 14 JUILLET et LE DERNIER MILLIARDAIRE, de René Clair - CARNET DE BAL et LA FIN DU JOUR, de Julien Duvivier - LE TROIS MATS MERCATOR, L'ILE DE PAQUES, REGARDS SUR LA BELGIQUE ANCIENNE, LES MAISONS DE LA MISERE, d'Henri Storck - DROLE DE DRAME, HOTEL DU NORD, QUAI DES BRUMES et LE JOUR SE LEVE, de Marcel Carné. VIOLONS D'INGRES, de J.B. Brunius sera terminé en Août 1939: il comptait en tirer un concerto de violon.

Le cinéma, qu'il aimait et comprenait, à l'encontre de beaucoup de ses contemporains, ne représentait pourtant qu'une des multiples facettes de l'activité créatrice de Maurice Jaubert. Il fût aussi un chef d'orchestre très demandé et dirigea, non seulement la musique de nombreux films chez Pathé-Nathan (dont ceux d'Arthur Honegger et Darius Milhaud) mais de nombreux concerts, tant en France qu'à l'étranger. Après sa rencontre avec Emmanuel Mounier, il devient, à la création d' ESPRIT, un des collaborateurs de la revue jusqu'à sa mobilisation en 1939. Ses écrits, ses conférences et une importante correspondance restent un très actuel témoignage de sa compréhension de l'évolution des années 30 à 40 et de ses prises de position, tant politiques (vis à vis de la guerre d' Espagne, par exemple) que musicales (il a vigoureusement défendu Kurt Weill, alors totalement méconnu).

Entre 1931 et 1939, il compose, outre diverses oeuvres de musique de chambre et mélodies, dont "Les Complaintes" de Georges Neveux et "L'Eau Vive, chants de métiers de la HauteProvence" sur des textes de Jean Giono, "Le Jour" poème graphique de Jules Sepervielle, dont la première audition aura lieu le 13 Décembre 1931 à Pleyel sous la direction de Pierre Monteux et qui sera plus tard monté à l'Opéra de Paris avec une chorégraphie de Serge Lifar; la "Suite Française" créée à Saint-Louis, aux Etats-Unis, en 1932, sous la baguette de son dédicataire, Wladimir Golschmann. ll écrit la musique de scène de TESSA de Jean Giraudoux (Athénée 1934) dont proviennent "La chanson de Tessa" et "La Ballade"; puis "Nativité", cantate pour soli, choeurs mixte et orchestre (1935), suivie de la "Cantate pour le Temps Pascal" donnée en première audition à la salle Pleyel le 24 Mars 1938, sous la direction de Charles Munch. En 1935, c'est de nouveau à l'Athénée, la musique de scène d'une autre pièce de jean Giraudoux, LA GUERRE DE TROIE N'AURA PAS LIEU. Citons encore "Les Intermèdes" pour orchestre à cordes (1936), la "Sonata a due" (1936) violon, violoncelle et orchestre à cordes. En 1937, il dirige au Théâtre des Champs-Elysées sa "Jeanne d'Arc" symphonie concertante sur le texte de Charles Péguy, interprétée par sa femme à qui elle est dédiée.

Toujours en 1937, il collabore au spectacle collectif LIBERTE qu'il dirige au Théâtre des Champs-Elysées, ainsi que les créations de la série des opéras bouffes de l'Exposition, cette fois à la Comédie des Champs-Elysées. "Géographies", pour choeurs et orchestre, date aussi de 1937; son dédicataire, Manuel Rosenthal, dirige cette oeuvre pour la première fois le 16 Octobre à la salle du Conservatoire. Le "Concert Flamand", terminé en
1936, est créé à Bruxelles en 1938 sous la direction d'André Souris. Citons enfin "O mes
frères perdus" pour choeur d'hommes, orchestre et piano, composés sur des poèmes d'Eluard et dédiés à Raphaël Alberti et Gustavo Pittaluga
Après un premier séjour à Londres en 1936, pour l'enregistrement de la musique qu'il a composée pour le film d'Alberto Cavalcanti: WE LIVE IN TO WORLDS, il y retourne en 1939 pour diriger un concert à la B.B.C et composer la musique d'une émission de radio, THE VOICE OF PARIS, diffusée, toujours par la B.B.C., en Mars 1939. Mobilisé le 2 Septembre 1939, capitaine de réserve du génie, il rejoint à Epinal la compagnie qu'il commande et qui restera en premières lignes jusqu'à l'armistice; il ne la quittera que pour deux brèves permissions à Nice, en Janvier et Avril 1940. Il compose "aux armées" ses deux dernières oeuvres: "Saisir" cinq poèmes de Jules Supervielie pour soprano, piano, harpe et orchestre à cordes ( 1939/1940) et "Trois Psaumes pour le temps de guerre" pour choeur de femmes, harpe et piano. Ces "Psaumes" sont dédiés à Patrice de la Tour du Pin, dont l'unité occupait un secteur à quelques kilomètres du sien et qu'il avait rencontré fréquemment avant qu'il soit fait prisonnier en Octobre 1939.

Maurice Jaubert n'entendra jamais ses deux dernières oeuvres: mortellement blessé à Azérailles, il mourra quelques heures plus tard à l'hôpital de Baccarat, le 19 Juin 1940.

NB.: Il est intéressant de noter que François Truffaut utilisera de la musique de Maurice Jaubert, pour quatre de ses films : ADELE H., , L'ARGENT DE POCHE, L'HOMME QUI AIMAIT LES FEMMES, et LA CHAMBRE VERTE.

De nombreux réalisateurs de télévision et de radio l'imiteront.